Le bestiaire

Le draco malefactor cruellis, vermine des pics ou deux bouchées

Le draco malefactor cruellis,
vermine des pics ou deux bouchées

La vermine des pics est un des dragons les plus antipathiques que l’on puisse concevoir. Il profite de sa grande taille (il est haut comme une douzaine d’hommes) pour terroriser tout son entourage. Pour ne rien arranger, il est laid comme le trésorier du département antiquités du Conservatoire, aussi sournois qu’un élève de troisième année et aussi glouton qu’un de première année. Pour un peu, on croirait ce dragon capable de cracher du feu !

La Fluxole capophage

La fluxole capophage

La fluxole, à son stade larvaire adulte, se présente comme un truc répugnant et visqueux de trois à quatre pouces, plein de machins qu’en termes scientifiques on appelle des zigouigouis multifonctionnels aléatoires. La larve de fluxole atteint une vitesse de reptation assez impressionnante et elle grimpe aux arbres comme vous et moi. Et là, contrairement à vous et moi, en tous cas vous je ne sais pas, mais moi pas, elle se laisse tomber sur la tête des animaux qui ont la malchance de passer sous des branches si mal fréquentées. La substance visqueuse que la fluxole exsude est à la fois une glu extrêmement collante et un puissant anesthésique de contact. L’animal se retrouve donc avec la larve collée aux poils, mais il ne sent rien de l’activité perforatrice de celle-ci. Car, vous vous en doutez, la fluxole a une raison pour viser la tête : elle s’infiltre dans la boîte crânienne, dévore le cerveau et ressort par les yeux sous la forme d’un insecte aussi laid qu’agressif.

Le Gryzpteryx

Le gryzptéryx

Ce n’est ni un dragon, ni un oiseau, ni une chauve-souris, et pourtant il vole. Et même très bien, pour ses trois cents livres ! Le gryzptéryx déploie ses ailes de cuir recouvert de fourrure et atteint une envergure de quinze coudées. C’est un dangereux prédateur qui se nourrit de gros ruminants et parfois d’humains. Sa technique de chasse est simple : il repère une proie et se place parfaitement à l’aplomb. Puis il replie ses ailes, se met en boule et se laisse tomber. Lorsqu’elle n’est pas réduite en bouillie par le choc, la proie est au moins assommée. Elle est vite déchiquetée par les puissantes griffes et déglutie en quelques coups de mâchoire.

Le Gyclore sanglant

Le gyclore sanglant

Contrairement à ce que son apparence pourrait laisser croire, le gyclore sanglant représenté ici n’est pas un oisillon, mais bien un mâle adulte. On le trouve principalement dans les plaines centrales du Darshan.
Haut d’une demi-coudée, il se caractérise par une méthode de chasse très particulière. Son apparence de petit être fragile et ensanglanté attire irrésistiblement divers prédateurs qui pensent ne faire de lui qu’une bouchée. Mais une fois dans la gueule de l’affamé, le gyclore dresse ses dards acérés, d’où suinte un poison violent. Le gourmand ne survit généralement guère plus de quelques secondes.

Le Lardulon casse-noix

Le lardulon casse-noix

Ce grand oiseau des Monts Exsangues doit son joli nom à son penchant immodéré pour les noix de flassole, aussi grosses qu’une tête de bébé, et à l’originale façon dont il casse les coques les plus dures. Le Lardulon fréquente assidûment les noyers, et il remplit son bec extensible de noix. Il prend bien soin de ne pas en laisser une glisser vers
son gosier : le fruit pourrait l’obstruer et devenir fatal ! Une fois le bec plein, le Lardulon prend beaucoup de hauteur au dessus d’une zone rocheuse, puis laisse tomber sa récolte. Les noix viennent s’éclater sur les rochers, et le temps que le lardulon redescende, plein de petits rongeurs lui ont bouffé les trois quarts de sa cueillette ! Il se dépêche d’avaler les miettes restantes, et retourne au noyer. Le Lardulon n’est pas un oiseau très intelligent.

Le Pyaphabecque commun

Le pyaphabecque commun

Il semble être un oiseau tout simple, commun et assez quelconque. On en trouve partout, il chante faux, il est plutôt sympathique et guère comestible, excepté pour les trolls. (Rappelons que pour les trolls, seule l’eau pure est non comestible. Tout le reste des éléments contenus dans cette Galaxie et les voisines, du baobab à la bactérie XTLM3, est comestible.) Mais revenons à notre pyaphabecque. Cache-t-il un terrible secret ? Est-il là pour un jour entraîner tous les oiseaux de Troy à se révolter et à attaquer l’humanité ? Pourquoi semble-t-il sans cesse sourire ? Est-il vraiment moqueur, ou est-ce que ça a un rapport avec votre nouvelle coiffure ? Personne n’a jamais réussi à percer son mystère. En tout cas, une certitude : il ne sert à rien. Alors si vous avez besoin de vous passer les nerfs (pour une raison qui, bien entendu, ne regarde que vous), n’hésitez pas, dégommez-en quelques-uns. Ça ne résoudra pas vos problèmes, mais ça soulage.

Le Barikoul

Le barikoul
ou barikoul rhaoulle

Sans atteindre la taille d’un pétaure, le barikoul est un herbivore d’une taille respectable. Malheureusement, il est très rare et l’on craint fort que son espèce ne soit en voie d’extinction. Les derniers spécimens connus vivent au nord des Monts Exsangues, à la lisière de la Forêt Glaciale et des Marches Levantines. Durant trop longtemps, les villageois des environs ont exterminé le barikoul, alors fort répandu, pour les qualités gustatives de sa viande. Sa chair, d’une incomparable saveur, a presque coûté la vie à l’espèce entière. Aujourd’hui, ce ne sont plus les habitants des Monts Exsangues qui mangent du barikoul. Le mets a atteint une réputation qui intéresse les gastronomes du monde entier et cette attention conjuguée à la raréfaction des spécimens a entraîné une terrible hausse des cours. Des braconniers traquent encore les derniers survivants, au grand désespoir du département Zoologie du Conservatoire d’Eckmül. Pour ma part, je m’engage tout à fait dans la défense du barikoul et je milite pour que cesse sa chasse : à titre personnel, je ne peux m’empêcher d’avoir de la sympathie pour un animal qui a un nez pareil.

Le Chlomard

Le chlomard

Bien sûr, il a une drôle de tête, avec ses six cornes. Mais finalement, guère plus étrange que celle du paysan qui l’accompagne, non ? Vous l’aurez compris, le chlomard fait vraiment partie de ce qu’on appelle les braves bêtes ! Dur à la tache, il peut durant des heures tirer une charrue ou une carriole et rien n’arrêtera son pas. Il est très obéissant, fidèle et, finalement, assez intelligent. Peut-être même plus que certains de ses maîtres, d’ailleurs !
Bon, évidemment, le chlomard n’est pas rapide. Mais après tout, qui est pressé de labourer un champ ? Il va à son rythme, broute un peu au passage, laisse derrière lui quelques petites crottes toutes sèches, et la vie est belle !

L'Estrovouille

L’estrovouille

Ce gastéropode de forme circulaire vit dans les régions tempérées de Troy. Il passe les journées à l’abri du soleil, sous des feuilles ou des buissons. C’est au petit matin qu’on le trouve dans les champs et les prairies, où il sort pour se nourrir. Sa forme, sa couleur et son odeur, sans que l’on ait jamais compris pourquoi, attirent irrésistiblement les
mouches. Ces pauvres créatures ailées, naïves et sans défense, s’approchent donc dangereusement du monstre qui n’a plus qu’à tendre une langue vive et nerveuse pour happer ses victimes. Un estrovouille adulte peut atteindre la taille d’une belle assiette. Il peut la remplir, également. En effet , si on ne se laisse pas abuser par son aspect légèrement répugnant, l’estrovouille est un animal tout à fait comestible. Il suffit de le faire dégorger trois jours dans de l’eau salée, afin d’éliminer son odeur persistante, de ne pas être gêné par sa consistance spongieuse et légèrement collante, et de ne pas craindre de mâcher force gousses d’ail après ingurgitation, histoire de masquer un peu la terrible haleine qui affligera le gourmand.
Pour le reste, il est tout à fait délicieux, et on raconte même qu’il redonne fougue et vigueur aux hommes que l’âge a fait ployer. L’estrovouille est un ami de l’homme, aucun doute. Évitez juste de marcher dedans, ça le vexe.

Le Gargunia squameux

Le gargunia squameux

Cette élégante créature arboricole de deux à trois pieds de long se trouve principalement dans les forêts d’Armalie. Le gargunia fait partie de la famille des Caudiles, dont on trouve des représentants dans toutes les zones à climat tempéré. Le gargunia se caractérise par sa belle couleur verte mais surtout par l’activité de ses glandes à venin, situées dans la gencive, juste sous ses petites dents pointues. Ce venin n’est le plus souvent pas mortel, mais il constitue un puissant hallucinogène qui peut conduire l’homme mordu par un gargunia à se mettre en situation très dangereuse.
À son échelle, et pour les petits mammifères de la forêt, le gargunia est un redoutable prédateur. Il est chassé par l’homme, non point pour sa chair qui est impropre à la consommation, ou alors faut vraiment avoir faim, mais pour les propriétés de son venin. Les glandes sont extraites soigneusement avec un couteau eff ilé, et mises à macérer dans un alcool fort ou une eau de vie. La boisson ainsi obtenue, le sprut, permet d’oublier la dure réalité de la vie à un point que vous n’imaginez pas !

L'Oofrun des montagnes

L’oofrun des montagnes

De la taille d’un gros, mais alors d’un très gros chien, l’oofrun est un carnassier piscivore. On le rencontre surtout dans les zones montagneuses de moyenne altitude à forte densité hydrographique. Il chasse dans les gros ruisseaux et les petites rivières et possède une incroyable agilité, tant pour sauter de rocher en rocher que pour débusquer les plus belles truites dans les trous d’eau. Il utilise également sa large gueule, en se plaçant immobile, bouche ouverte, dans le sens du courant. Il attend alors qu’une proie passe à sa portée et les puissantes mâchoires se referment brutalement. Il n’est pas dangereux pour l’homme, sauf si, aculé, il doit se défendre. Ses griffes acérées et ses bonds désordonnés peuvent alors en faire un redoutable adversaire. Il est parfois chassé pour la qualité de son cuir et de la fourrure de sa crinière, fort appréciés dans la fabrication de sous-vêtements pour danseuses érotiques en Questie.

Le Pétaure

Le petaure

Le pétaure est sans doute, symboliquement, le plus important des animaux de Troy. Ce gros mammifère vit à l’état naturel dans toutes les contrées tempérées, Souardie, Armalie, nord de la Questie, mais il peut très bien supporter les climats plus rigoureux du grand nord comme la chaleur tropicale. Un pétaure adulte peut atteindre plus de 20 pieds de haut, parfois 30 pieds, pour une masse qui, de toute façon, fait très mal s’il vous marche sur les bottes. La particularité du pétaure est que l’animal ne peut se mouvoir qu’en chansons. Si les alentours sont silencieux, un pétaure reste immobile. Dès qu’un oiseau ou un conducteur chante, il se met en mouvement.
À l’état naturel, le pétaure vit en symbiose avec de petits oiseaux. Ils nichent au creux même de ses oreilles et leur pépiement lui permet de se déplacer pour subvenir à ses besoins. La capture du pétaure sauvage est très simple : il suffit de lui grimper sur le dos et de tordre le cou aux piafs. Le nouveau conducteur n’a plus ensuite qu’à chanter, plus ou moins fort dans une oreille ou une autre, suivant la direction qu’il veut donner à l’animal.

Le Trollomorphe

Le trollmorphe
plus communément appelé queue d’niais

Le trollomorphe est un mammifère de taille moyenne qui à l’état naturel, ne justifie en rien son nom. Cette bestiole longue comme un homme et haute comme un enfant, se nourrit d’insectes qu’elle déniche en grattant le sol de ses longues griffes courbes, puis gobe grâce à sa longue langue préhensile. Signalons d’ailleurs que cette langue, confite dans du miel de hlomare, constitue une friandise très prisée des petits et des grands. Pour en revenir à son nom, le trollomorphe le tient de sa tactique de défense lorsqu’il se sent menacé. Il tourne alors le dos à l’ennemi et, tel un vénérable en rut, il dresse vers le ciel sa longue queue touffue. Celle-ci se déploie et, par un amusant phénomène d’électricité statique, tous ses poils se dressent, dessinant plus ou moins la silhouette d’un troll. En théorie, l’ennemi, persuadé qu’il a affaire à un troll, se carapate en couinant. En pratique, le trollomorphe se fait tout de même bouffer une fois sur deux, voire pire. Pourquoi ? Parce que certains animaux ont une mauvaise vue, et qu’ils n’ont pas reconnu la forme de troll que doit évoquer la queue dressée, alors qu’ils ont parfaitement identifié l’odeur du queue d’niais.